Julien Poilane

À la tête de la boulangerie lyonnaise Ô le Pain, Julien Poilane a décroché en 2025 le titre de Maître artisan boulanger avec la Chambre de Métiers et de l’Artisanat Lyon-Rhône. Héritier d’un savoir-faire transmis depuis trois générations, il perpétue des gestes précis : pétrissage à faible vitesse, fermentation naturelle au levain et façonnage manuel.
Témoignage
Quel parcours vous a conduit à ce titre de Maître artisan ?
Mon père et mon grand-père étaient boulangers. J’ai grandi dans cet univers sans vraiment l’envisager comme métier. Après un master de gestion, je me suis rendu compte que ce domaine ne me correspondait pas. À la fin de mes études, j’ai rejoint mon père au fournil et, dès mes premiers essais, j’ai su que c’était ma voie. À 23 ans, j’ai décidé de passer un CAP pour acquérir les mêmes bases que mes futurs collègues. J’ai ensuite repris les boulangeries familiales et exercé pendant une vingtaine d’années. Aujourd’hui, j’en ai cédé certaines, mais j’ai conservé Ô le Pain, à Lyon Confluence.
Que représente pour vous le titre de Maître artisan ?
C’est avant tout une reconnaissance précieuse : celle de mes pairs, du métier et de l’artisanat. Dans un contexte difficile tel que la hausse des coûts de l’énergie, la concurrence des grandes surfaces et des chaînes, cette distinction a une valeur particulière.
Le titre de Maître artisan met en lumière le vrai savoir-faire artisanal et la qualité des produits. J’utilise uniquement de la farine bio et, autant que possible, des ingrédients français. Par exemple, mes œufs proviennent de poules élevées en plein air, ce qui reste rare en boulangerie. Ici, tout est fabriqué maison, à partir de farines 100 % blé. J’ai la fierté de nourrir mes clients avec des produits sains, sans excès de gluten ou d’additifs. Beaucoup ignorent que certaines farines sont enrichies en gluten de blé, sans obligation d’étiquetage. Pour moi, il est essentiel de préserver et de transmettre un savoir-faire authentique.
J’ai formé de nombreux apprentis, et ce titre récompense aussi ce travail de transmission. C’est une vraie fierté de savoir que d’autres boulangers exercent ce métier avec la même exigence et les mêmes valeurs, parce qu’ils ont appris de cette manière-là.
Quelle étape vous a le plus marqué dans la préparation du dossier ?
Constituer le dossier de candidature m’a obligé à replonger dans mes archives et à retrouver la trace de tous les apprentis que j’avais formés.
Cela a ravivé beaucoup de souvenirs et créé une vraie nostalgie.
Une vingtaine de jeunes ont préparé leur CAP chez moi. Repenser à leurs parcours, à leurs visages, m’a profondément ému.
Quels sont vos projets pour la suite ?
J’ai longtemps eu envie de créer une école de boulangerie. Transmettre, partager le métier, c’était un premier pas vers ce projet. Ce titre de Maître artisan donne encore plus de sens à cette ambition : il confirme que la transmission et la passion restent au cœur de notre métier.