Rémi Bonnefoy

À 36 ans, Rémi Bonnefoy incarne une génération d’artisans qui portent haut les savoir-faire du bois. Formé par l’alternance, passé par un CAP, un BP puis un BTS, il dirige depuis 2019 son entreprise « Façons Bois » à Luriecq. Il reçoit aujourd’hui le titre de Maître artisan d’art charpentier, une distinction qui valorise la technicité, la transmission et l’excellence.
Témoignage
Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de votre entreprise ?
J’ai fait mon apprentissage au sein de l’association des compagnons du tour de France pour mon CAP, celle de la fédération compagnonnique pour mon BP et à la maison familiale rurale du parc à Montbrison pour mon BTS. Ce parcours m’a permis d’être successivement apprenti, chef d’équipe puis conducteur de travaux avant de créer mon entreprise en 2019. Ma particularité, c’est la réutilisation du vieux bois de récupération. Cela me permet de travailler avec des méthodes traditionnelles, tout en intégrant chaque étape : conception, usinage, pose. Avec mon équipe de quatre collaborateurs, dont deux apprentis, on cherche toujours la meilleure solution pour répondre aux contraintes du client. C’est ma vision du métier.
Comment avez-vous obtenu le titre de Maître artisan d’art charpentier ?
C’est parti d’un déclic : un conducteur de travaux que je connaissais avait obtenu son Brevet de Maîtrise. Ce diplôme met en avant une haute qualification professionnelle, niveau Bac +2. Le BM ouvre ensuite la possibilité de demander le titre de Maître artisan. Dans ma branche, il n’existe plus de formation technique pour préparer ce brevet. J’ai donc constitué un dossier, puisque j’ai un diplôme équivalent au BM, comme l’exige une des conditions pour déposer une demande. Il a fallu convaincre et persévérer, mais j’ai fini par obtenir ce titre que je considère comme une véritable reconnaissance.
Que représente ce titre pour vous ?
Pour moi, ce titre agit comme une caisse de résonance. Il remet en lumière la valeur de nos métiers et leur technicité. Il montre que nos compétences sont aussi légitimes que des activités considérées comme plus intellectuelles. Dans mon quotidien, je suis à la fois mathématicien, bureau d’études, centre d’usinage et homme de terrain. Notre métier demande un haut niveau de qualification, et ce titre me permet de le rappeler. Il ouvre aussi une voie pour les jeunes en quête d’excellence. C’est un accomplissement, peut-être une étape avant un autre défi : le concours des Meilleurs Ouvriers de France.
Comment comptez-vous valoriser ce titre ?
Je souhaite en faire un atout en développant une seconde marque commerciale, dédiée à un service premium. Elle s’adressera à des clients qui recherchent une expérience plus personnalisée et souhaitent être rassurés par une certification comme le titre de Maître artisan d’art. Cela permettra à l’entreprise d’aller vers des « chantiers passion », qui donnent du sens et valorisent notre savoir-faire. Mais cela ne veut pas dire abandonner nos autres clients : les deux activités coexisteront. L’idée est d’élargir nos possibilités tout en restant fidèles à ce qui fait l’âme de notre métier.